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Pitié pour les directeurs de thèsePar Louis D'HENDECOURT, directeur de recherches au CNRS. Article publié dans les pages Rebonds de Libération le mercredi 03 avril 2002 en réponse au texte Université : casser les liens de dépendance publié par N. Legrand et P. Degiovanni. Etant que responsable du suivi des doctorants dans un grand laboratoire mixte (CNRS et Université) de la région parisienne, je me dois de réagir fermement au récent article concernant la situation des doctorants de Pascal Degiovanni et Nicolas Legrand paru dans Libération du 8 mars dernier. Selon ces auteurs, le doctorant serait un esclave des temps modernes, sans statut, sans protection sociale et à la totale merci d'un patron de thèse tout puissant. De cette situation découleraient toutes sortes d'abus et en particulier les formes de harcèlement dénoncées régulièrement dans la presse. Pour remédier à ces abus, les auteurs préconisent l'utilisation, avec une forte volonté politique (!?), d'une charte des thèses définissant droits et devoirs de chacun et instituant, en particulier, une limitation du nombre de doctorants par directeur de thèse. J'avoue être assez surpris par cette demande puisque cette charte et son application sont en vigueur depuis plusieurs années et que l'amalgame qui semble hâtivement fait entre les comportements non éthiques et vraisemblablement illégaux de certains, et la grande majorité des pratiques parfaitement transparentes au sein des laboratoires doit être dénoncé. La charte de thèse existe et elle est signée par le doctorant et le directeur de thèse, avec l'accord du directeur du labo- ratoire et bien entendu, de l'Ecole doctorale dont dépend l'étudiant. Les obligations des uns et des autres y sont parfaitement définies. En particulier, le choix d'un sujet «porteur» est défini, parfois au-delà du raisonnable car, si un directeur de thèse ne donnait que des sujets «à succès», ce ne serait tout bêtement plus un travail de recherche mais un travail d'exécution. Au niveau d'un grand laboratoire, le doctorant est une personne qui dispose d'un statut défini, financé correctement (même si on peut déplorer le faible niveau de rémunération qui est celui de la recherche publique en général), avec une couverture sociale normale et un bulletin de salaire où émargent les différentes cotisations et retenues de salaire classiques. Des sources de financement existent (bourses du ministère, bourse de docteur-ingénieur, etc.). En particulier, il est formellement interdit à un directeur de thèse de recruter un doctorant sans financement. L'attribution des bourses de thèse est réglée très étroitement par les écoles doctorales qui prennent en compte tout particulièrement le bon déroulement des thèses déjà effectuées, le devenir professionnel des anciens doctorants et le respect de la charte de thèse par directeur. Le nombre de doctorants par directeur de thèse, ainsi que les thèmes de recherche sont examinés de manière critique et cette procédure demande beaucoup de travail aux responsables des écoles doctorales. Du côté du laboratoire d'accueil, toute demande de «thésard» est examinée avec soin avec des critères semblables à ceux de la charte de thèse et en tenant compte aussi de l'intérêt du laboratoire par rapport à ses propres activités en développement. Depuis quelques années, le statut des doctorants a largement évolué dans un sens positif. Il est regrettable que certaines pratiques subsistent et ces pratiques doivent être dénoncées sans jeter l'opprobre sur une profession plus difficile à exercer qu'il n'y paraît car la recherche est avant tout un métier de créativité où l'évaluation a parfois beaucoup de mal à faire la part de l'apport du doctorant et de celui de son directeur de thèse. |